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Chasseurs à Villefermoy |
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En 1892, Adolphe Vernant, directeur du
journal provinois "le Briard", sous le pseudonyme du père
Gérôme consacra une série d'articles aux excès
du comte Greffulhe sur son territoire de chasse de Bois Boudran, à
Fontenailles, commentés dans les quatre pages précédentes.
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| Partons donc à la recherche de ce "château" détruit de la Maison Rouge, ce sera aussi l'occasion de croiser quelques figures qui ont écrit l'histoire de la forêt de Villefermoy. Le hameau nommé "la Maison Rouge", sur le territoire de Fontenailles, Seine et Marne, à ne pas confondre avec le village entre Nangis et Provins, était une ferme d'un assez bon rapport, au début du XIX° siècle. Bernard Vincent, fils du fermier des Moulineaux, à la Chapelle Rablais, y épousa Anne Thouzard, fille du fermier de Maison Rouge, chaque époux apportant 2.000 francs, soit 4.000 F au total, ce qui plaçait le couple parmi les mieux dotés de la période 1789/1811. Jean Thousard, le fermier, s'établit bientôt à Nangis comme marchand de bois, ce qui demandait aussi des capitaux.
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Cependant, on était loin d'un château;
la Maison Rouge n'est qu'une grosse ferme sur toutes les cartes, dont
le plan ci-dessus, tracé en 1774 pour les moines de Barbeau qui
possédaient alors Villefermoy, plan qui figura dans la bibliothèque
de Bois Boudran, fief depuis 1816 des comtes Greffulhe, Jean-Louis,
puis ses fils Charles et Henri, enfin Henry, époux de la célèbre
comtesse Greffulhe. AD 77 101 H 28 à
l'origine dans la bibliothèque de Bois Boudran En 1837, le "Dictionnaire géographique universel ou description de tous les lieux du globe" note un "pavillon" aux Bouleaux; Michelin précise en 1843, dans ses "Tableaux scénographiques", que ce pavillon accueille quatre personnes et la ferme des Bouleaux, dix. En 1841, parmi les personnes recensées, figure un "concierge", Pierre Camecy et son épouse, chargés d'entretenir le pavillon en l'absence des propriétaires. Recensement de 1841, Fontenailles, canton de Mormant AD77 10 M 57 |
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Jean Baptiste Giraud était
sculpteur. "Par un héritage d'un
oncle fortuné, cet artiste fut affranchi de toute contrainte matérielle.
il passa ainsi huit années en Italie à étudier l'Antique.
Il n'exposa qu'au Salon de 1789 et acheta un hôtel 3, place Vendôme
à Paris, là, dans sa demeure, il installa un musée de
moulages dont l'entrée était gratuite pour les artistes".
cité dans Wikipédia Il aurait dépensé "deux cent mille francs à faire mouler en plâtre les plus beaux morceaux de sculpture antique." |
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En 1841, les Bouleaux, Grignon, l'Heurtebise,
Villefermoy, et la Maison Rouge sont revendus au marquis de Tamisier.
Pierre Alfred de Tamisier, jeune diplomate, fut chef de cabinet du Prince
de Polignac qui était Président du conseil des ministres
sous Charles X, puis secrétaire d'ambassade. Comme les Greffulhe,
il s'occupait de comices agricoles en Seine et Marne, et publia en 1842
et 1843 des rapports de visites de fermes (Lady, Grandpuits...). Il
est recensé en 1846, demeurant aux Bouleaux "château:
Alfred de Tamisier, marquis, 45 ans; Delorme Charlotte, sa femme, 34
ans, et Marie, leur fille de 15 ans."
sans compter deux cochers, un domestique, un cuisinier, une femme de
chambre, un maître d'hôtel, un garde et sa famille; plus
le fermier, sa famille et son personnel.
Recensement 1846 canton de Mormant 10 M 86 |
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Pierre Alfred de Tamisier avait épousé en 1830 Charlotte, fille de Charles Arnould Delorme. Ceci ne pourrait être qu'un détail généalogique parmi d'autres si la demeure du beau-père ne fut, plus tard, la propriété de Napoléon Joseph Jérôme Bonaparte, dit Plonplon, qui fut, sous Napoléon III l'heureux bénéficiaire des chasses à Villefermoy, en excellentes relations avec le successeur de Tamisier aux Bouleaux, Alexandre Tattet, ce qui sera développé à la page suivante. Ci-contre, portrait de Charles Arnould Delorme par Ingres.
Il avait créé en 1808 le premier passage couvert de Paris,
entre Saint Honoré et Rivoli. Pendant les Cent Jours, "M. Delorme
offrit à l'Empereur à titre patriotique et pour le temps que
durerait la guerre, le revenu du Passage Delorme qui s'évelait à
60,000 francs". |
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A l'époque présumée de la
construction du château de Maison Rouge (1892-25=1867) , le marquis
de Tamisier était déjà décédé
(1801/1854) Les propriétés sont à nouveau vendues,
à M. Tattet, avant que le comte Charles Greffulhe ne les rachète
en 1876 *. Les Bouleaux seront alors le château-boudoir et l'atelier
de peinture d'Elisabeth, princesse de Caraman Chimay, épouse d'Henry
Greffulhe. Peut être y a-t'elle peint ce portrait si vivant de l'abbé
Mugnier, le "confesseur des duchesses". Elle invitera Pierre et
Marie Curie à y résider en 1903. La ferme de la Maison Rouge semble bien avoir
été abandonnée à l'époque indiquée
en 1892 par le père Gérôme: "
Le château construit il y a quelques vingt cinq ans était abattu
huit ans après". La construction,
vers 1867, aurait eu lieu quand M. Tattet était propriétaire
des fermes; la destruction, à peu près au moment de l'achat
par Henry Greffulhe. |
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Ci dessus, le discret manoir des
Bouleaux, entre Saint Ouen et la Chapelle Gauthier, attribué à
tort à cette commune, alors qu'il est sur le territoire de Fontenailles,
comme la ferme de l'Heurtebise dont il sera question plus loin.
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Il faut donc s'intéresser au propriétaire
des fermes vers 1867, "M. Tattet", seule indication de la monographie
de Fontenailles. Un acte d'état civil de 1877 à Fontenailles
donne des précisions sur la famille, et met en doute la date de
vente des Bouleaux, présumée en 1876, alors que la famille
Tattet y réside encore l'année suivante, et peut être
même en 1879, puisqu'Alexandre Tattet participe à une chasse
du comte Greffulhe rapportée dans le Figaro du 12 novembre.
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26 septembre 1877, naissait aux Bouleaux, Hélène
Lydie Olympe Tattet; un certain amour de la Grèce semble avoir
présidé au choix des prénoms. Son père est
Alexandre Anatole Frédéric Ferdinand Tattet, 54 ans, propriétaire
aux Bouleaux, sa mère, Alice Ida Juillerat Chasseur, a quarante
sept ans. Hélène a vingt sept ans de différence
avec sa soeur Emma Jenny Julie dont le mari, Edouard de Visme, est d'ailleurs
l'un des témoins du bébé; l'autre étant
le fermier des Bouleaux, François Auguste Mouton. Etat civil Fontenailles AD77 5 Mi 5495 p 105
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Les lieux de naissance des enfants d'Alexandre et Alice
sont divers et variés: |
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Les divers lieux de naissance, entre la
Capitale et les résidences d'été de la famille ou des
proches, montrent que la famille d'Alexandre Tattet ne s'était pas
fixée avant d'acquérir les Bouleaux, en 1854, peu après
le décès de sa mère en décembre 1851. Les recensements
indiquent l'évolution de la propriété: en 1851 n'y figurent
que deux familles: un cultivateur et un garde; en 1856, on note quatre familles
dans trois habitations: la ferme, la basse cour occupée par la famille
d'un garde et celle d'un jardinier, enfin, le château où réside
Alexandre, son épouse, trois enfants et quatre domestiques.
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Ayant des ancêtres Suisses du canton
de Neufchâtel, les Tattet de la Côte aux Fées, les
Juillerat de Locle, la famille Tattet / Juillerat était protestante;
tous les actes religieux que j'ai pu retrouver le montrent. Le mariage
d'Henriette Lucie, en 1875, eut lieu à l'église protestante
de l'oratoire du Louvre; celui d'Henriette Jeanne, 1881, se déroula
à l'oratoire St Honoré, autre nom de ce même lieu
de culte; Hélène se maria en 1901 à l'église
protestante du St Esprit, rue Roquépine, où eut lieu la
cérémonie funèbre de Charles, en 1909. |
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Plus près
encore des Bouleaux, à Bois Boudran, la famille Greffulhe était
aussi d'origine protestante, mais ne l'est pas restée. "Les
Greffulhe étaient protestants, en d'autres temps ceci eut été
un obstacle presque insurmontable mais le duc de Doudeauville leva tous
les scrupules de différence de religion et obtint les dispenses"
pour le mariage de Jean Louis Greffulhe et Célestine de Vintimille
en 1810. Un siècle plus tard, la fille de la comtesse Greffulhe
se mariait en grande pompe à l'église catholique de la Madeleine.
Citations: Eric Legay Le comte Greffulhe, un grand notable en Seine et
Marne
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Madame Anne Bon Jeanne LAURENCE, propriétaire,
veuve de Pierre Frédéric Ferdinand Tattet, ancien agent de change
près la bourse de Paris, y demeurant rue Grange Batelière n°15;
laquelle a dit que, voulant rendre à M. Alexandre Anatole Frédéric
Tattet, son fils, actuellement majeur, propriétaire demeurant à
Paris rue Grange Batelière n°15 compte de l'administration qu'elle
a eue de ses personne et biens, comme sa tutrice naturelle depuis le 11 mars
1841 jour où ledit Alexandre Tattet a eu dix huit ans jusqu'au onze
mars 1844 jour où il a atteint sa majorité... " |
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Alfred, le frère aîné,
acquit aussi une propriété en Seine et Marne: l'Ermitage
de la Madeleine, à Samois; aujourd'hui un immense château
proche du pont de Valvins, à l'époque "un
pavillon assez exigu, de style dix-huitième siècle, composé
d'un rez-de-chaussée et d'un étage mansardé, dont
la porte, du côté de la forêt, s'ouvrait au ras du
sol, et dont les fenêtres, du côté de la Seine, donnaient
sur un jardin à la française, encadré de charmilles."
Bien qu'en excellentes relations avec son "petit frère, ce pauvre être chétif et souffrant" qu'il met dans la confidence de ses frasques, on n'a pas preuves de sa présence aux Bouleaux. On pourra retrouver quelques aspects de sa vie (Alfred Tattet fut l'ami de Musset et de George Sand, connut Victor Hugo...) à la page "Traces de la famille Tattet". |
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Alexandre Tattet, Alice Juillerat-Chasseur
et leurs enfants figurent parfois sur les recensements de Fontenailles.
Ils n'étaient pas présents en 1872; le fermier, vieillissant
était Germain Bouly, 69 ans, aidé d'un domestique de 14
ans et d'un jardinier de 28 ans. Mais en 1876, la famille Tattet est
recensée aux Bouleaux où vivaient trois familles: |
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Alexandre Tattet s'intéressa à la
politique locale. Plusieurs documents en témoignent. En 1872, il
figure dans la liste des jurés d'expropriation de la Commission de
la Voierie, canton de Mormant, désignés au cours de la séance
du Conseil Général de Seine et Marne du 29 août 1872,
présidée par son voisin à Fontenailles, le comte H.
Greffulhe, châtelain de Bois Boudran. |
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Il trouve injuste l'impôt indirect qui
frappe exagérément les pauvres, mais défend aussi
les propriétaires terriens, dont il fait partie: "L'impôt
a toujours été fort mal réparti en France; il est
loin d'être proportionnel ainsi que l'exigeraient l'équité
et la justice. Autrefois il portait presque exclusivement sur le peuple;
la noblesse et le clergé en étaient presque exempts; aujourd'hui
il frappe sur les moins favorisés de la fortune, et ne prélève
sur les plus riches qu'une légère contribution... Le propriétaire
foncier, l'agriculteur obligés de porter dans la caisse du percepteur
une part considérable de leur revenu, tandis que l'industriel,
l'officier public, le banquier, le capitaliste ne paient que des droits
insignifiants." |
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Quelques extraits du texte d'Alexandre
Tattet pourraient être reproduits sans modification, pour s'appliquer
aux discours électoraux du XXI° siècle: "Rien
ne se distingue moins de la profession de foi d'un candidat du gouvernement
que la profession de foi d'un candidat de l'opposition... Dans la confusion
et les brigues qui vont se produire, les promesses de toutes sortes, les dons
intéressés ne manqueront pas; nos murs vont se couvrir d'affiches
de toutes couleurs, nous allons être inondés de circulaires;
le candidat présenté ou appuyé par l'administration nous
vantera son indépendance, les plus hostiles au gouvernement parleront
de leur attachement à nos institutions, et chercheront à nous
prouver que ce n'est qu'en les ébranlant qu'on arrivera à les
consolider."
Des Prochaines élections au Corps législatif, par A Tattet" Dédié aux Electeurs du canton de Mormant chez A. Hérisé, Melun |
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