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Chasses chez le comte
Greffulhe |
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Dans les premières années
du vingtième siècle, Victor Lepanot, chef d'orchestre de la
fanfare de la Chapelle Rablais, cordonnier de son état, élu
au Conseil municipal, et ardent républicain, a inséré
dans son carnet les portraits des grands hommes suivant son coeur, découpés
dans les journaux de l'époque. |
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En novembre
1892, A. Vernant, imprimeur et libraire, 17 rue de la Cordonnerie à
Provins, sous le pseudonyme du Père Gérôme commence une
série de longs articles dans sa chronique briarde sur les relations
presque féodales entre grands et petits propriétaires quant
à la gestion du gibier: Notes sur la Grande
Propriété chez M. le comte Greffulhe, député de
Seine et Marne. Dans un texte fait pour être lu et commenté
à haute voix, rempli de points d'exclamation et autres points de suspension,
de joyeuses répétitions et de phrases à rallonge, le
Père Gérôme "nous
montre les conditions naturelles de la vie sociale, dans l'espèce,
absolument renversées: tout à l'un, rien aux autres; l'asservissement
complet de toute une population vis à vis d'un homme; des misérables
qui vivent sur une terre en friches qu'il leur est défendu de cultiver
pour assurer leur vie, la dépossession forcée, érigée
en principe, des familles autochtones des biens qu'elles avaient de temps
immémorial; le désert où il y avait des hameaux prospères;
la mort où il y avait la vie; la terre nourrice du genre humain, ravalée
de par la volonté d'un homme au rang de terre à gibier; pour
l'agrément d'un seul, stérilisée systématiquement;
l'abus inouï fait par un citoyen d'une fortune immense dont il n'a jamais
gagné un traître liard… |
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Henri V |
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Jean Jaurès
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"…Dans l'humble et propre chambre, vous voyez piqué au mur le portrait du seigneur et maître: M. le comte Greffulhe. Belle barbe, œil bien fendu, quelque chose de la physionomie qu'eut Henri V, le châtelain de Frosdhorf. " Ainsi commence la série d'articles que le Père Gérôme consacre au comte Greffulhe. Ci-contre, le comte Henri Greffulhe par Nadar |
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A bien y regarder, il me semble que le
châtelain de Bois Boudran (Fontenailles, possédant des terres
à la Chapelle Rablais), photographié ici par Nadar, présente
plus de ressemblances avec Jean Jaurès qu'avec Henri V, le mystérieux
châtelain de Frosdhorf. Peut-être le Père Gérôme
n'a-t' il pas voulu rapprocher les traits de Greffulhe, tenant du grand capitalisme,
de ceux de Jaurès, député socialiste de Carmaux où
eut lieu une longue grève, en cette même année 1892. Peut
être aussi s'amusa-t' il à faire une blague en coin, que ne pouvaient
comprendre que ceux qui avaient chanté les mêmes chansons de
corps de garde au cours de leur vie d'étudiants. La petite histoire, au contraire se souvient bien de l'un de ses titres. Non celui d' Henri V, ni celui de comte de Chambord, ni d'Artois, mais bien celui de duc de Bordeaux. C'est le moment d'écarter les chastes oreilles car ce nom figure dans l'archi-célèbre chanson paillarde dont le refrain est : Taïaut, taïaut, taïaut, ferme
ta gueule, répondit l'écho. Il ne me déplaît pas de penser
qu'en comparant, à mots couverts, le comte Henri de Greffulhe au duc
de Bordeaux, le Père Gérôme entendait peut être
pousser la comparaison un peu plus loin, pour le plus grand plaisir de ceux
qui pouvaient lire entre les lignes... |
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"Le château faisait vivre de
nombreux habitants du village ainsi que la ferme. Il y avait des cultivateurs,
un jardinier en chef, des jardiniers, un garde particulier, un concierge,
des journaliers, un conducteur d'auto, un cocher, un charretier, un maître
d'hôtel, des domestiques, un chef cuisinier, un piqueur de chasse, un
secrétaire particulier. La comtesse faisait travailler 7 femmes du
village à la confection de vêtements pour les nécessiteux,
faisait organiser des soupers pour les pauvres, distribuer du pain ou donnait
du travail à une femme seule avec des enfants. En 1904, la famille
Greffulhe prenait part à la vie du village en payant les dépenses
pour la réparation de l'église. Chaque année la comtesse
organisait un arbre de Noël. Elle offrait des étrennes aux enfants
du personnel, un jouet et un livre. Les parents touchaient une somme égale
à un mois de salaire. Cette femme très généreuse
ne supportait pas de rester indifférente à la misère
des gens." |
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"La famille, en effet, finance nombre d'institutions charitables, au premier rang desquelles la Société philanthropique et l'hospice Greffulhe. Les châtelains de Bois-Boudran assument les frais des deux écoles tenues par des sœurs : l'école Greffulhe de Nangis, et celle de Fontenailles -village dont la famille entretient également l'église. Elisabeth donne du travail aux femmes seules chargées de famille, emploie sept femmes du pays à la confection de vêtements pour les nécessiteux, organise des soupes populaires. À Paris, elle répond personnellement aux innombrables demandes de secours qui affluent en permanence, via l'Office central des œuvres de bienfaisance." Laure Hillerin: la Comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes |
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Par exemple: en mai 1910, M. Levasseur,
régisseur de Bois Boudran que nous retrouverons plus tard, surnommé
"Grande Moustache", inaugurait le lavoir de Fontenailles édifié
sur un terrain donné par le comte et présidait le concours
de tir (prix d'honneur: une garniture de cheminée offerte par M.
le comte Greffulhe). En juillet, le comte présidait le "Comice
agricole et syndicat des arrondissements de Melun, Fontainebleau et Provins",
se tenant à Nangis; on le voit ici s'y rendant. Les récompenses
occupaient plusieurs pages du Républicain de Seine et Marne, depuis
les concours de labourage, les prix de moralité, les médailles
aux charretiers, bouviers, jusqu'aux récompenses aux commis de
ferme et femmes de charge.
journal: AD77 PZ 59/19, illustration:extrait de CPA |
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La comtesse Greffulhe "créa
un hospice à Levallois Perret en 1875 et lui attribua une pension annuelle
de 20.000 francs et de nombreux dons en nature. L'admission était réservée
"aux femmes du monde sans infirmité, âgées de 70
ans au moins et actuellement privées de ressources."
Eric Legay, le comte Greffulhe, un grand notable de 77 Oui, mais il s'agit de Marie de la Rochefoucault, comtesse Greffulhe, mère d'Henry. |
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"M. le comte ... Greffulhe,
pair de France, mu par un sentiment de bienveillance, qui lui étoit
habituel, fonda, pour les enfans mâles, une école d'enseignement
mutuel *, et quand nous avons eu le malheur de perdre cet homme de bien,
il a voulu perpétuer son bienfait en laissant à la commune
une somme suffisante pour l'entretien de son école." |
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* L'enseignement mutuel était
basé sur la participation des élèves des plus grandes
sections à l'enseignement des plus petits; un seul instituteur pouvait
ainsi gérer une classe d'une centaine d'élèves. L'école
de Nangis suivait les préceptes de Joseph Lancaster qui avait fondé
une première école suivant le "monitoral
system" à Londres en 1798.
"L'usage systématique des planches murales
et des ardoises permet d'économiser livres, encre, plumes et papier.
Et surtout les moniteurs économisent des instituteurs."
ed Flohic: le patrimoine de l'éducation nationale
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On trouve trace de la générosité
du comte dans tout le canton de Mormant, où il fut élu et
où il n'oublait pas de laisser des plaques louant ses bienfaits,
comme sur le socle de la fontaine de Champeaux, "offerte
par le comte Greffulhe, conseiller général et par M. Chassaing,
conseiller municipal". |
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Henry Greffulhe fut député
de 1889 à 1893 puis conseiller cantonal, mais ne fut pas réélu
en 1913: 1.126 voix contre 1.284, malgré un score écrasant de
142 à 25 à Fontenailles...
Mais pas dans la commune voisine de Saint Ouen en Brie qui ne lui offrit que 22 voix alors que son rival, Schenardi, en engrangeait le double. Car, quelques années auparavant... "M. le comte Greffulhe a fait don de 25,000 francs à la société de secours mutuels de Melun. C'est un cadeau princier. Mais un petit fait qu'on nous apprend montre que dans cet acte il entre bien plus d'ostentation que de générosité vraie. Saint Ouen est une petite commune qui avoisine Bois Boudran. Cette petite commune a une société de secours mutuels. Or depuis une trentaine d'années que cette société est fondée, la maison Greffulhe lui a toujours fait un don annuel de soixante francs. Mais depuis les dernières élections législatives où la commune de Saint Ouen a donné la majorité à M. Humbert, cette allocation a été supprimée et la société de secours mutuels ne touche plus rien de Bois Boudran..." Le Briard 20 décembre 1892 |
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Dans le même ordre d'idées: "Cependant, ce républicain farouche continue à donner dans le château de Bois Boudran, des fêtes superbes, princières... quant au peuple, il va recommencer à boire un peu de champagne. Les élections approchent ! " Le Briard le 27 janvier 1893 Pourquoi la loi qui est exécutée ailleurs
ne l'était pas chez lui, pourquoi, par exemple, les gardes se
promenaient dans son domaine, le fusil de chasse à l'épaule,
au besoin chassant le lapin, sans être munis d'un permis de chasse... |
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On aura compris que le père
Gérôme et le comte Greffulhe étaient rivaux. Le Briard
soutenait ouvertement les adversaires politiques du comte: "Ruses et
finasseries. Le Briard, socialiste, antimilitariste et collectiviste, lance
la candidature de M. Schenardi contre M. le Comte Greffulhe, pour les élections
prochaines (27 juillet) à l'assemblée départementale.
C'est très drôle ! ... Voila donc M. Schenardi, candidat du Briard
de Provins, enrôlé en plein cette fois, sous la bannière
qui n'est pas tricolore, des mauvais patriotes, des chanteurs d'Internationale
et des ennemis déclarés de l'ordre social." le
Républicain de Melun, mercredi 11 juin 1913
"Nous avons le regret de voir dans le canton de Mormant, le comte Greffulhe distancé de quelques voix par M. Schenardi. Les causes de cet échec tiennent sans doute à ce que monsieur le comte Greffulhe n'a pas jugé digne d'avoir recours aux moyens d'insinuations perfides et d'attaques personnelles violentes et mensongères..." le Républicain de Melun, mercredi 13 août 1913 AD77, PZ 54/22 |
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"Le Nouvelliste de Melun est, comme chacun
sait, l'organe de M. le comte Greffulhe. Emargeant à la même
caisse que les faisans, il est tout naturel qu'il les défende."
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D'un côté, le Briard, de l'autre "le
Nouvelliste de Seine-et-Marne, et le Réveil de Coulommiers (dont
il avait acheté respectivement le tiers et le quart des abonnements)"
Anne de Cossé Brissac |
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Henry Greffulhe s'est lancé en politique
par tradition familiale plus que par conviction. Il était fils
de "Charles et de Marie Félicité
de la Rochefoucault d'Estissac, membre de la Chambre des Pairs en 1839,
retiré de la politique, décédé en 1888,
d'où trois enfants: princesse Auguste d'Arenberg ; princesse
Robert de l'Aigle; comte Henri(y) Greffulhe marié à la
princesse de Chimay." comme le note
dans sa monographie l'instituteur de Thomery où la famille possédait
le château de la Rivière et
"une grand'tante, Marie Thérèse Joseph de Castellane,
était châtelaine des Pressoirs du Roi, à Samoreau",
sur la rive opposée.1889 monographie
de Thomery 30 Z 411 par Huet & Pignard Peguet Ci-contre, on découvre l'oncle Henri, sur ce portrait d'une collection privée, tenant à la main un livre montrant sa fonction de sénateur. |
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Le comte Greffulhe hésita sur le parti le plus favorable à son élection. La famille était royaliste. La banque Greffulhe "joua un rôle important sous la Révolution, fournissant des fonds aux émigrés et gérant les biens de la famille d’Orléans." Archives nationales du monde du travail, Greffulhe papiers de la famille 2006 064 M Son père quitta la politique à la fin de la Royauté: "Louis-Charles Greffulhe, n’a que 6 ans à la mort de son père (1820); bien que Pair de France à la mort de ce dernier, il ne siège à la Chambre qu’à partir de l’année 1839. Il soutient le gouvernement de Louis Philippe jusqu’à la proclamation de la II° République, qui le voit quitter définitivement la politique." source: idem "Elisabeth respectait la famille royale
mais ne croyait pas à son avenir politique, surtout confié à
Boulanger. Aussi avait-elle pleinement approuvé Henry lorsque celui-ci
avait décidé de se présenter sans étiquette aux
élections cantonales et d'axer avant tout sa campagne sur les intérêts
locaux... Henry, bien que signalé comme monarchiste dans le rapport
de la préfecture, avait été élu à une importante
majorité." Anne de Cossé Brissac:
la comtesse Greffulhe |
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Les Archives départementales ont mis en
ligne une caricature titrée: "Le
candidat chauve-souris. M. le comte Greffulhe: je suis républicain,
voyez mes déclarations! je suis réactionnaire, voyez ceux
qui me soutiennent!" où cet être
mi-souris, mi-oiseau survole une campagne peuplée de lapins dont
la chasse lui est réservée. |
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Quelques faits repochés au comte, quand il
se mêla d'élections, ne sont pas sans rappeler les agissements
des hommes politiques du XXI° siècle, d'un côté
et de l'autre de l'Atlantique; le "fort bobo au bout de la langue"
(ou du doigt qui tweete frénétiquement) serait toujours
d'actualité: |
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Cette longue page d'introduction présente,
d'un côté le comte Henry Jules Charles Emmanuel Greffulhe
sur ses terres de Bois Boudran à Fontenailles, commune limitrophe
de la Chapelle Rablais, de l'autre Marie Auguste Adolphe Vernant sous
le pseudonyme du père Gérôme, créateur et directeur
du journal le Briard, à Provins. Les faits rapportés dans
le Briard par le père Gérôme seront donc à
lire avec toujours présente à l'idée une possible
partialité du journaliste car il fut, par gazettes interposées,
rival politique du comte. Cependant d'autres sources recoupent les articles
du Briard sur les curieuses pratiques de chasse du comte Greffulhe que
nous découvrirons dans les pages suivantes.
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