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Chasses chez le comte
Greffulhe/3 |
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"Des volées de 60 à 80 perdreaux
s'enlevaient tranquillement. Quand les faisans sortent des bois, il y a
des pièces de terre qui en sont rouges. Je me souviens notamment
d'un chemin herbu qui conduit à l'ancien moulin de Villefermoy et
sur lequel il y en avait tant et tant que je me demandais si je n'étais
pas au milieu d'une immense basse-cour de faisans. Les bêtes nous
passaient dans les pieds, nonchalantes et moins pressées assurément
que les poules et les dindons dans une cour de ferme."
Le Briard, 22 octobre 1892 |
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Autre
son de cloche chez Edmond Siméon, maître d'école à
Echouboulains: "Entourée de toutes
parts par les bois, la partie cultivée est dévastée par
le gibier de toute nature qui y pullule. Lapins cerfs et sangliers détruisent
annuellement le tiers de la récolte et les indemnités accordées
aux quelques pauvres cultivateurs sont nulles ou dérisoires."
Echouboulains jouxte un autre territoire appartenant aussi au comte
Greffulhe, la Grande Commune, où il menait une seconde vie, y ayant
installé Marie-Thérèse de la Béraudière,
maîtresse presqu'officielle. Le père Gérôme révélait
que les dégâts dûs au gibier y étaient plus importants
encore qu'au hameau de Glatigny de Fontenailles: "Que
n'allez vous voir du côté de la Grande Commune, route de Nangis
à Fontainebleau! Il paraît que par là, c'est encore pire."
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Rares
étaient les villageois à pouvoir profiter -légalement-
de cette abondance de gibier. Il fallait posséder un permis de
chasse au tarif dissuasif, le même pour petits et grands chasseurs:
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A Glatigny: "Sur
le chemin herbu que l'on suit et où ne passe plus personne, c'est
tout noir de crottes de lapins, comme si une armée de ces bestioles
y avait séjourné.... L'herbe des chemins et des champs
est tellement piétinée, foulée, souillée
par toutes ces bêtes de chasse que les vaches n'en veulent plus...” |
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Faisans et lièvres pullulaient
tant que les habitants de Grandpuits réagirent en empêchant les
lièvres de retourner dans les bois de Bois Boudran, après leurs
ravages de la nuit:
"Tous riches et pauvres se sont mis à l'oeuvre et ont confectionné des banderoles. Puis on les a placées de grand matin avant que le gibier ne rentre au bois, tout autour de nos champs, de sorte que le gibier s'est trouvé renfermé et n'a pas osé sortir de nos terres. Enfin, à neuf heures du matin, tout le monde se mit en marche. Un coup de fusil tiré en l'air donne le signal et la danse commence. Messieurs les gardes nous regardaient faire d'un oeil navré. C'était une vraie petite guerre. Nous avons tué dans notre journée cent trois lièvres, dont nous avons fait une bonne distribution à tous les petits cultivateurs de notre commune." Le Briard 25 décembre 1892 |
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Le gibier rescapé des chasses savait
bien où trouver la meilleure nourriture, hors les postes d'agrainage:
plutôt que de fouiller les bois, lièvres et faisans n'avaient
qu'à se servir dans les jardins et les champs proches dans
"un blé qu'on n'a pas daigné récolter parce
qu'il était trop mangé par le gibier..." |
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La Loi qui prévoyait des indemnités de gibier était respectée à Champ Brûlé: "A deux pas de Bois Boudran, chez M. Hottinguer, tout est au contraire si bien tenu que vous n'entendrez personne contester quoi que ce soit. Il y a trois estimations de récoltes: l'une à la levée, l'autre au mois de mars, la troisième au moment de la moisson et personne ne se plaint, car tout est fait correctement et les cultivateurs sont payés rubis sur l'ongle." le Briard 28 juillet 1893 Il n'en était pas de même à Bois
Boudran où les choses traînaient en longueur: "L'affaire
a duré depuis le 7 août jusqu'au 24 novembre, et tant de Saint
Ouen à la régie de Boudran, puis chez le garde chef Marmet,
puis à Mormant, j'ai fait quatorze voyages à plusieurs lieues
de distance. Pour toucher 24 francs, j'ai perdu dix jours de mon travail. |
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Le comte Greffulhe était secondé
d'un régisseur qui menait les affaires du domaine d'une main
de fer. " Oh! si "la Grande
Moustache" le savait !" "La Grande Moustache" c'est
ainsi qu'on appelle M. Levasseur, le régisseur de Bois Boudran,
redouté et détesté encore bien plus que M. Greffuhle... Henri Levasseur, la Grande Moustache, faisait partie d'une famille de régisseurs et de gardes; son père était garde de la forêt de Laigue, toute proche du château du Francport, appartenant au beau frère d'Henry Greffulhe; "Grande Moustache" épousa Marie Opportune Ricard, qu'il dut connaître à Saint Léger aux Bois, à la lisière de la forêt de Laigue mais qui, à l'époque du mariage, résidait avec son père, garde particulier à Favières, fief des Rotschild dont un représentant épousera Elaine, fille du comte. La soeur d'Henri Levasseur, Marie Octavie, épousa le fils du régisseur du château de Marolles en Brie, proche de Coulommiers. Les riches chasseurs se fréquentaient de château en château; domestiques et intendants faisaient de même. |
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Ce régisseur, patron en
l'absence du comte, semblait avoir des désirs de reconnaissance.
On le voit accumuler les participations dans une douzaine de comités,
depuis Président de la Société de tir de Fontenailles
jusqu'à membre de la société de Secours Mutuels des
instituteurs de Seine et Marne. On le voit aussi avide de décorations,
depuis officier du Mérite agricole, ce qui peut se comprendre;
chevalier de l'ordre du Cambodge, ce qui s'explique beaucoup moins, cette
décoration devant récompenser dix années de service
en Indochine où il ne mit jamais les pieds; jusqu'à la Légion
d'Honneur qu'il obtint en 1903, après un premier essai en 1902:
"Actions d'éclat et citations
à l'ordre de l'armée: néant; lettres et témoignages
officiels de satisfaction du ministre, etc... néant; blessures:
néant.", autrement dit, par
piston de son richissime employeur. Base
Léonore
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Que faire des milliers de faisans tués? Les donner? A la Chapelle Rablais, le conseiller municipal Lepanot avait noté dans son carnet les distributions de faisans aux indigents: vingt sept bénéficiaires en 1902; vingt neuf en 1903. Les vendre? "envoyer chaque semaine au marché une ou plusieurs voitures de gibier" En faire des cadeaux électoraux? "Croit-on, par exemple, que ces grandes maisons qui distribuent force gibier aux personnages influents de la localité et aux fonctionnaires de tous ordres ne font pas ces largesses dans l'intention de se rendre favorables tous ceux qui en profitent et ne sèment pas pour récolter? "Levesque |
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Et puis, en temps d'élection,
par exemple, quelle est, après les libations et le Champagne traditionnels,
la profession de foi, si alléchante et si savamment combinée
qu'elle soit, capable de toucher le cœur des électeurs comme un
gigot de chevreuil ou une paire de faisans? En outre, c'est, le plus souvent,
par des invitations de chasse que l'oligarchie financière et foncière
se crée ou entretient avec la haute société française
ou étrangère et les princes de tous pays des relations intimes
et suivies qui, vraisemblablement, font partie du système d'informations
qui permet aux grands manieurs d'argent de combiner et de faire réussir
ces fameux coups de bourse qui, de temps en temps, viennent rafler nos petites
économies."
Levesque La chasse & la Grande Propriété |
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Faisans détournés
On sait que vendredi dernier, M. le comte Greffuhle avait organisé, en l'honneur du roi de Portugal, une grande chasse sur le domaine de Bois Boudran. Très élevé fut le nombre de pièces abattues par les invités. |
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Pourtant, tout le gibier tué
ne fut pas ramassé par les gardes, ainsi que le prouve la rencontre
faite, à la fin du jour, par le garde champêtre Florimond Gresle.
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Les colonnes du Républicain abondent
de petits articles sur des braconniers à l'amende, petits voleurs
découverts, vagabonds menés au dépôt de Melun...
montrant bien que ceux qui attentaient à la propriété
privée étaient retrouvés et sévèrement
châtiés, même ce brave Guillory, coupable d'avoir
glané des faisans. Les gardes des comtes Greffulhe, père,
fils, oncle, furent souvent à l'honneur: |
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Cinquante francs, plus de 150 heures
au salaire moyen d'un manoeuvre de 30 centimes par heure, pour un lièvre
qui franchit la lisière du comte! C'est que Greffulhe est avare en
gibier: il amasse des milliers de bêtes pour son seul bénéfice
et son prestige auprès de ses riches invités:
"Le bien des petits cultivateurs est fait pour être mangé
par le gibier de monsieur le comte, mais le gibier de M. le comte ne doit
être tué que par lui seul... Et l'homme qui se conduit ainsi
est député de Seine et Marne, il est censé représenter
les intérêts du peuple, le sentiment des électeurs de
l'arrondissement de Melun! C'est trop fort, en vérité."
Le Briard, 25 octobre 1892
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