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Etienne Fare Charles Huvier/31
curé de la Chapelle Rablais 1752/1759
Le curé, passeur d'âmes /1

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Cure et curé prennent leur origine dans le bas-latin "curatus", celui qui a la charge des âmes. La mission première du curé était, non de s'ériger en arbitre des moeurs comme nous l'avons vu à la page précédente, mais de prendre soin des âmes de ses paroissiens, depuis le berceau jusqu'à la mort. Nous essaierons d'en trouver les traces dans les archives du curé Huvier...

Depuis le berceau...

Note du curé Huvier à Pierrelez : "... pendent le cours de ladite année (1773) l'édit d'Henry deux concernant les femmes et les filles enceintes à été publié tous les trois mois au prône des messes paroissiales."
"Et avenant le temps de leur part, & délivrance de leur fruit, occultement s'en délivrent puis le suffoquent, meurdrissent, & autrement suppriment, sans leur avoir fait impartir le Saint Sacrement de Baptême. Ce faict les jettent en lieux secrets & immundes, ou enfouïssent en terre profane, les privans par tel moyen de la sépulture coutumière des chrétiens......"
Édit du roi Henri II qui prononce la peine de mort contre les filles qui ayant caché leur grossesse ...

Dans l'édit d'Henri II, qu'Etienne Huvier "fulmina" tous les trois mois, le pire crime était-il de "meurdrir" le nouveau-né ou d'empêcher une nouvelle âme d'accéder au Paradis?

Le baptême marquait l'entrée du nouveau-né dans la communauté chrétienne. Dans les petites communes rurales que desservit Etienne Fare Charles Huvier, seul le prêtre pouvait l'administrer. En cas de péril de mort, le chirurgien ou la sage femme n'était habilités qu'à "ondoyer" le nouveau-né. En 1753, le curé Huvier fit prêter serment à Marguerite Bectard, accoucheuse de la Chapelle Rablais depuis plusieurs années : "Ce jourd'hui quatorzieme jour de janvier mil sept cent cinquante trois, Margueritte Bectard femme d'antoine Rondinet manouvrier demeurant en cette paroisse ayant obtenu de Mr Le lieutenant des chirurgiens de Melun des p(rov)isions en bonne forme à l'effet de pouvoir exerçer dans l'étendue de notre paroisse les fonctions de sage-femme après luy avoir fait subir une examen suffisant sur la matiere et (la) forme du Sacrement de baptême, et luy avoir donné les avertissemens nécessaires pour s'acquitter chrétiennement desdites fonctions, nous avons lesdits jour et an que dessus reçeu d'elle en la maniere accoutuméé la prestation de serment." La Chapelle Rablais, registre paroissial en mairie

Formule du serment des sages-femmes

Même si le terme "baptiser" est employé, tant par le curé que dans les "Instructions sur le rituel" où figure le serment, l'acte accompli par la sage-femme n'avait pas la même valeur que celui du prêtre. Imagine-t'on l'institution ecclésiatique donner autant d'importance à une femme, laïque de surcroît, qu'à un prêtre? Les sages-femmes procédaient à un "ondoiement" que le curé doublait dès que possible d'un baptême suppléé.

A Cerneux, le 3 août 1771, le vicaire baptisa normalement Véronique Christine Langlois, mais le curé Huvier ajouta dans la marge : "sous condition, ayant été ondoyée à la maison, et doutant de la validité du baptême" Il avait agi de même quelques mois plus tôt, ajoutant dans la marge du baptême de Catherine Guezou : "sous condition ayant lieu de douter de la validité du baptême."
Registre paroissial de Cerneux AD 77 5 Mi 7773

Catherine ne resta en vie qu'une semaine, Véronique décéda en octobre, quelques mois après sa naissance. Cependant, l'une comme l'autre avait vécu assez longtemps pour avoir été présentée à l'église, au curé.

Le baptême devait avoir lieu à l'église, comme le précise la 27° ordonnance du diocèse de Meaux 1734 : "Nous deffendons de baptiser les enfans dans les maisons privées, sinon en péril de mort... Il y a excommunication contre les pères & mères, qui sous prétexte d'attendre les parains & maraines, diffèrent le baptême de leurs enfans plus de trois jours près leur naissance."

(Ces paragraphes ont déjà été développés à la deuxième page de ce dossier; si un courageux curieux a tout lu depuis le début, (qu'il en soit remercié) pour arriver de la seconde à la 31° page, il lui aura fallu au moins trois heures de lecture, d'où possibilité d'oubli, (et répétition des paragraphes de ma part).


Etienne Fare Charles Huvier veilla à l'éducation religieuse de ses ouailles, en commençant par les enfants; les statuts du maître d'école lui enjoignaient de "faire régulièrement trois fois la semaine le cathéchisme suivant l'usage du diocèse, pendant l'avent et le Carême tous les jours leur apprendre leurs prières du soir et du matin leur angélus et bénédicité et leurs actions de grâce. De conduire à la messe les jours ouvriers les enfants deux à deux et avoir soin qu'ils y assiste avec sagesse." de mener, chaque soir après l'école, les enfants "à l'église devant l'hotel de la Ste Vierge pour y chanter l'antienne du temps... De former pour le service de l'église six enfans lesquels porteront surplis ou aube..."
Procès verbal de l'élection du maître d'école de Cerneux par la communauté des habitants 16 octobre 1785 AD 77 3 E 67

Procès verbal de l'élection du maître d'école de Cerneux 1785

 

On a vu, quelques pages auparavant, qu'Etienne Huvier avait pris soin de compléter à Cerneux la formation religieuse de son domestique Pierre Leroy dit Dauphin, éducation qu'il avait peut-être commencée à Marolles puisque Pierre était âgé de sept ans quand le curé quitta cette paroisse. Plus âgé que les autres communiants, Pierre fit sa première communion en 1762 à l'âge de dix sept ans, puis sa confirmation à vingt et un ans.

Pierre Leroy dit Dauphin, domestique du curé

Etienne Huvier nota avec soin les premières et secondes communions des enfants, ainsi que les confirmations, des listes de noms (aujourd'hui les prénoms), de surnoms (noms de famille), d'âge et même de village. Il n'a pas laissé de listes pour Marolles ni la Chapelle Rablais, par contre, les généalogistes trouveront leur bonheur parmi les 131 noms de communiants et les 138 confirmés pour Cerneux, liens plus bas.

En survolant l'illustration à la souris: deux tableaux de Giuseppe Maria Crespi : la communion / la confirmation

Cerneux comportait en 1759 soixante neuf feux pour cent soixante communiants, environ trois cents habitants avant la Révolution (plus de 500 sous le Second Empire et 272 de nos jours). De 1762 à 1776, Etienne Huvier mena à la communion presqu'autant d'enfants que la paroisse comportait d'adultes. Les cérémonies avaient lieu "le dimanche de la très Snte Trinité" premier dimanche après la Pentecôte, soit, dans ce cas, entre le quatorze mai et le deux juin.
Il fit aussi communier, hors temps, des fidèles allant quitter la paroisse; Anne Nicole Adam âgée de 16 ans:
"Le samedy 18e février 1775, Anne Nicole Adam que j'ai baptisée le 13e décembre 1759 dmte chez Jacques Thierry fermier de Mr Horeau, à fait à ma messe sa premiere comunion, je luy ai accordé cette grace parce qu'elle allait quitter ma paroisse." et François Tourneur, 20 ans: "J'ai fait faire la premiere comunion audit François Tourneur le Snt jour de Pâques trente mars mil sept cent soixante dix sept."

Exceptionnellement, à l'occasion du jubilé de 1776 : "Le dimanche dans l'octave de Noël 29e Xbre 1776 les enfans qui ont fait cette année leur première comunion, s'étant confessé la veille, ont comunié tous ensemble à la messe de paroisse, tant pour leur seconde comunion que pour accomplir la 3eme condition portée sur la Bulle de n. Snt père le Pape Pie 6e, que dans le mandement de son Eminence nôtre archevêque, à l'occasion du jubilé de l'année Snte, ouvert le lundy quatre novembre laditte cette année. Ils avaient auparavant satisfait en leur particulier à quinze jours de stations prescrittes par lad. bulle (rature) quatre stations par chacun jour ./. Deo gratias ./."
Notes du curé Huvier, registre paroissial de Cerneux en mairie

Doc : listes des communiants à Cerneux 1667/1777 / la Chapelle Rablais 1854
Les jubilés célébrés par le curé Huvier, 14° page du dossier

Le curé Huvier ne nota pas les communions à la Chapelle Rablais entre 1752 et 1759. On en trouve mention plus atrd dans le registre de catholicité du XIX° siècle que j'ai pu consulter avant son dépôt à Meaux :

28 mai 1854 : Liste des enfants qui ont fait leur première communion dans l'église de Fontains, l'Eglise de la Chapelle Rablais étant dans un état de ruine depuis 45 ans cette cérémonie n'avait pas eu lieu à Fontains... (liste à retrouver avec les communions de Cerneux, lien ci-dessus)

 

 


"La confirmation est le sacrement consistant à oindre d'huile sainte une personne baptisée afin qu'elle reçoive le don du Saint-Esprit. Alors que, par le baptême, le baptisé meurt et ressuscite avec le Christ, le confirmé est empli du Saint-Esprit comme l'ont été les Apôtres le jour de la Pentecôte avec Marie. En tant que telle, la confirmation confirme l'appartenance du baptisé à l'Église comme communion dans le même Saint-Esprit. Le baptême et la confirmation sont intimement liés : la confirmation est en quelque sorte l'achèvement du baptême." Wikipedia
"Famille Chrétienne" assimile le confirmé à un apôtre et s'interroge sur son obligation d'évangéliser après la cérémonie...

Il est peu probable que les cent trente huit fidèles menés à la confirmation par le cure Huvier aient eu d'aussi hautes pensées. Pour la plupart, c'était pour eux une cérémonie suivant la tradition, comme la procession des Rogations ou l'adoration des bergers à Noël, commentées à Cerneux et Pierrelez par Etienne Huvier.

Etienne Fare Charles Huvier rédigea plusieurs "nottes" et renvois concernant la venue de l'archevêque de Sens. Le 5 septembre 1765, le prélat était à Cucharmoy (aujourd'hui réuni à Chenoise) pour "venir donner le sacrement de confirmation dans l'église de Cucharmoy à neuf paroisses voisines. Le lendemain son Eminence à été donner la confirmation à Nangis et le soir à été coucher à Mormant. Le mardy 3° elle avoit confirmé à Donnemarie en Montois les paroisses voisines." Les paroissiens de Cerneux n'étaient pas concernés, mais le curé fit partie des trente six invités au château du Plessis Tournelles, "avec un ecclésiastique cy devant vicaire de Champcenest pour lequel j'allois demander une place à son Eminence". L'ecclésisatique "ci-devant vicaire de Champcenest" était le vicaire Miroudot, originaire de Montussaint dans le Doubs (fils du seigneur du lieu?) qui, comme Etienne Huvier à Marolles, était vicaire desservant. Le prieur de Champcenest, aux portes de la mort, fut remplacé à l'été 1765 par des prêtres locaux qui, n'ayant plus l'usage d'un vicaire s'en séparèrent. Reste à savoir si les voeux du vicaire furent exaucés et quelle a été l'efficacité du truchement du curé Huvier. Avait-il vraiment les mêmes soit-disant relations privilégiées avec l'archevêque de Sens que celles dont il se flattait avec son neveu, le duc de Chevreuse?

Doc : le prieur Jean François Loy de Champcenest et son vicaire. Péripéties en 1765
Le duc de Chevreuse, neveu de l'archevêque de Sens / 9° page du dossier
Portraits du duc de Chevreuse et de l'archevêque de Sens / 20° page du dossier

Une année plus tard, le 4 septembre 1766, Paul d'Albert de Luynes, cardinal, archevêque de Sens était à Saint Mars (aujourd'hui St Mars-Vieux Maisons) paroisse limitrophe de Cerneux. Etienne Huvier présenta cent trente huit fidèles à la confirmation. Tous n'étaient pas de Cerneux, puisque le curé distingua "natifs" et "étrangers" dans sa liste, comme il sépara les garçons des filles. Vingt quatre "garçons" et vingt et une "filles" ne faisaient pas partie des paroissiens de Cerneux. Si j'ai mis des guillemets à "garçons" comme à "filles", en opposition à "hommes" et "femmes", c'est parce que le curé faisait la distinction entre hommes mariés et "célibataires", terme qui n'est jamais employé dans les registres.

Au début de la longue liste, il fit figurer les communiants de cette même année 1766 et de la session précédente 1762. Et l'on peut constater que la ferveur religieuse diminua considérablement entre la communion fin mai, où 15 enfants furent présentés et la confirmation début septembre où ils n'étaient plus que sept; et pour les communiants plus âgés, moins de la moitié, seulement sept confirmations sur les quinze communiants. Il faut dire que les communions avaient lieu un dimanche, jour chômé, et que le 4 septembre se trouvait être un jeudi, jour de travail.

En fin de liste, le curé nota les nombreux enfants n'ayant pas célébré leur première communion, ils étaient soixante cinq, soit près de la moitié des confirmés. Agés de vingt à soixante dix ans, le curé de Cerneux réussit à convaincre trente six adultes de se présenter à la confirmation.

Doc : confirmations à Cerneux 1776

 

Parmi les adultes, se trouvait Edme Georges Paupé, cabaretier à Chanoy, hameau de Cerneux, où, entre "Serneuf" et "Chanois", tortillait la "Grande route de Sesane" tracée sur l'Atlas de Trudaine, ne figurant même pas sur la carte de Cassini... Route que durent emprunter "six voleurs inconnus" dans la nuit du cinq au six mars de cette même année 1766.

 

"Cejourd'huy vendredi septième jour de mars mil sept cent soixante six après midy, Marie Magdeleine Paupe âgée de sept à huit ans, née du légitime mariage d'Edme George Paupe cabaretier dmt à Chanoy hameau de cette paroisse et de Magdeleine Canet son épouse, décédée en la maison de son père la nuict du cinq au six présent mois et an, ayant été égorgée ladite nuict par six voleurs inconnus, à été inhumée dans le cimetière près l'église par moy curé soussigné .... (trois lignes d'encre traversante) ... en présence de Jean Baptiste Paupe son oncle paternel... etc..."

Les circonstances de l'assassinat de la petite fille sont encore à préciser, il me faudra découvrir le bon registre de police pour les éclaircir. La bande de voleurs attaquant des maisons isolées fait penser aux "chauffeurs de pâturons" qui séviront à la fin du siècle.

Les chauffeurs à Favirères, an V, six morts dans une ferme

Ex voto

Etienne Huvier, relisant les anciens registres paroissiaux annota l'acte de naissance de Marie Magdelaine Paupé (ci-dessous) : "cette petitte fille à été égorgée. j’ai vu à la Chapelle arablay, y étant Curé, ce bon frère Mergez frère quêteur du couvent de Provins et depuis a été ordonné prêtre et a célébré la messe audit lieu de la Chapelle"
Cette note sur l'acte de 1758 ne montre pas le moindre signe de compassion pour la fillette assassinée comme pour ses parents; Etienne Huvier se contenta de dire qu'il avait connu le frère Philippe Mergez quand il remplaçait des prêtres absents.

 



L'attitude d'Etienne Huvier l'année du décès de l'enfant sembla plus conforme à ce que l'on attend d'un prêtre. Le curé dut prendre sous son aile Edme Georges Paupé et son frère Jean Baptiste pour leur offrir le réconfort de la religion après l'assassinat de "Marie Magdelaine", ce qui se manifesta par leur présence à la confirmation. La marraine, Marie Anne Julitte Françoise Mulot, 17 ans était aussi présente; le parrain était absent, Louis Paillard à cette époque était maître d'école à Rupéreux, il le sera plus tard à Cerneux puis à Saint Mars en Brie. La mère, "Magdelaine Canet" qui vivra jusqu'en 1788, n'est pas citée dans la liste des confirmés; à noter que le trait d'encre, probablement de la main du curé Huvier, sous "Marie Magdelaine fille légitime de George Paupe" ne souligne pas le nom de la mère...

 

Dans cette page, nous sommes passés du baptême (et même avant) à l'éducation religieuse des enfants menant à leur première communion, et la confirmation des enfants comme des adultes. A la page suivante, nous essaierons de découvrir comment le curé Huvier continua à prendre soin des âmes de ses paroissiens, de l'âge adulte jusqu'à l'inhumation (et même après)...