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Méthode pour équarrir les
Bois droits
Pour bien dresser ces deux premières
faces, l'Ouvrier commence par faire de distance en distance des entailles...
ensuite il enlève le bois qui se trouve compris entre ces entailles,
ayant attention de ne point entrer plus profondément dans la pièce...
& de conduire ces faces bien à plomb; c'est pour cette raison
qu'il faut que les pièces soient solidement calées; au reste,
c'est le coup d'oeil qui doit guider l'Ouvrier pour former ces faces bien
à plomb.
Le premier parage étant fait
sur les deux faces opposées, on renverse la pièce sur le
côté qui est le moins à vive arrête... L'Ouvrier
examine avec attention le contour que sa pièce doit avoir; il la
cale de façon que les faces travaillées soient bien de niveau,
c'est-à-dire, bien parallèles à l'horizon, afin que
les quatre faces se coupent exactement à angle droit.
Si la pièce n'a aucune courbure,
on jette un coup de ligne sur les faces qui ont été parées
en premier lieu, & l'on fait ensorte qu'elles n'avivent pas trop la
pièce, mais qu'il paroisse des défournis & un peu d'aubier
aux angles pour faire voir au Marchand que la pièce n'a pas été
trop frappée sur ses quatre faces.

Des bois de sciage
Après avoir parlé des bois
qu'on équarrit à la cognée & qu'on nomme assez
communément les Bois quarrés, je dois parler de ceux qu'on
refend avec la scie de long, & qu'on nomme Bois de sciage, lors même
qu'ils ressemblent par la forme aux bois quarrés ou équarris.
Ainsi une solive ou un chevron est compris dans les bois quarrés,
quand il a été équarri à la cognée;
& lorsque ces mêmes pièces ont été refendues
avec la scie de long, elles sont réputées bois de sciage.
Par l'opération de la scie de long, on ménage beaucoup de bois,
& l'ouvrage s'expédie assez promptement, sur-tout quand on fait
agir plusieurs scies par des moulins à eau ou à vent.
On a coutume de commencer par équarrir à la cognée les
bois qu'on destine à être refendus à la scie cependant
il y a des cas où il paroît plus convenable de refendre à
la scie les bois sans les avoir auparavant équarris c'est ce que je
ferai connoître, après que j'aurai expliqué en peu de
mots le travail du Scieur de long.
Article 1. De la manière de refendre
les Bois avec la scie de long.
Les Scieurs de long ne peuvent être
moins de deux Ouvriers pour exécuter leur travail; communément
ils sont trois, & ce n'est pas trop pour monter de grosses pièces
sur leur chevalet. Quand une pareille pièce a été
mise en place, un Ouvrier a monté sur cette pièce, relève
la scie & la dirige sur le trait; un ou deux autres, placés
au dessous de la pièce tirent la scie en en-bas & comme les
dents de la scie ne mordent qu'en descendant il faut plus de force pour
la faire descendre que pour la remonter; c'est pour cette raison qu'il
y a ordinairement deux Ouvriers en bas. Je dis que les dents de la scie
ne mordent dans le bois qu'en descendant, non-seulement parce que ces
dents qui sont crochues dans ce sens ne mordent point en montant, mais
encore parce que les Scieurs de long écartent la scie du bois quand
ils la remontent, & qu'ils l'appuient sur le bois en descendant. La
première opération des Scieurs de long, consiste à
établir la pièce qu'ils doivent travailler sur un chevalet,
ou sur des tréteaux car cette pièce doit être assez
élevée pour que les deux Scieurs qui relient en bas puissent
être placés dessous.
Lorsqu'ils travaillent dans des Chantiers où ils trouvent ordinairement
du secours pour élever les pièces fort pesantes; ils ont
coutume de se servir de deux forts tréteaux & quand ils ont
scié un bout de la pièce, ... ils écartent [les tréteaux],
& ils travaillent entre ces deux tréteaux qui sont sort commodes
pour cette opération toutes les fois qu'on peut avoir du secours
pour monter les pièces dessus. Mais comme il arrive souvent que
les Scieurs se trouvent seuls dans les ventes il leur seroit impossible
d'élever de lourdes pièces sur de pareils tréteaux
en ce cas ils établissent eux-mêmes un chevalet qui a un
tréteau fort simple & néanmoins très-solide...
Comme ces sortes de pièces sont ordinairement assez grosses &
pesantes, les trois Scieurs de long doivent user d'adresse & de force
pour y réunir. En ce cas ils établissent un plan incliné
composé de deux longues membrures de bois dont ils posent un bout
sur le chevalet & l'autre à terre ensuite ils font rouler,
sur ce plan incliné, la pièce à refendre ils la tournent,
& après l'avoir mise de travers & en équilibre sur
le chevalet, ils la lient sur les membrures, avec des cordes. Lorsqu'ils
ont scié la pièce au-delà de la moitié de
sa longueur, ils la retournent, & l'entretenant toujours en équilibre
sur le chevalet, ils lient la moitié sciée sur les mêmes
membrures, & achèvent de scier l'autre partie de cette pièce.
Quand ils ont à scier une très-grosse
pièce & trop pesante pour pouvoir être élevée
sur le chevalet, ou lorsqu'ils ne veulent pas en prendre la peine, ils
fouillent un trou en terre, dans lequel descendent les deux Ouvriers qui
doivent rabattre la scie.
Avant de monter la pièce qui doit être refendue soit sur
les tréteaux, soit sur le chevalet, les Ouvriers tracent les traits
qu'ils doivent suivre en la débitant. Ces traits se marquent avec
une ligne ou cordeau frotté dans du charbon de paille délayé
dans de l'eau ensuite on cale la pièce avec beaucoup d'attention,
& bien à plomb sur le chevalet; & pour cela on tient vis-à-vis
de l'oeil un fil à plomb qu'on bornoye sur les deux faces verticales
de la pièce après quoi le Maître Scieur monte sur
la pièce & commence le sciage avec ses deux Aides. Comme c'est
l'Ouvrier d'en haut qui dirige la scie suivant le trait, il doit être
plus attentif que les deux autres son travail est aussi très-pénible,
parce que c'est lui qui relève la scie.
A chaque coup de scie, les Scieurs d'en-bas la tiennent d'abord perpendiculairement
& à mesure qu'elle descend, ils tirent le bas de la scie vers
eux; celui d'en haut attire en même temps à lui le haut de
la scie; de sorte que le tranchant de cette scie décrit une courbe
nécessaire pour dégager de dessus le trait la poussiere
que la scie a détachée du bois. Toutes les fois que l'Ouvrier
remonte la scie, il la recule un peu, afin que les dents ne frottent point
contre le bois ce qui le fatigueroit beaucoup, parce que ses bras ne sont
point en force, quand ils remontent la scie. Pour rendre encore la scie
plus coulante on en frotte de temps en temps le feuillet avec de la graisse,
& l'on enfonce un coin dans l'ouverture du trait déjà
commencée, ce qui, joint à la voie que l'on donne aux dents
de la scie lui donne beaucoup de jeu pour aller & venir.
Quand les Scieurs enfoncent trop leurs coins ils forcent les fibres du
bois ce qui souvent occasionne des éclats qui endommagent les pièces
les Menuisiers rencontrent ces éclats lorsqu'ils travaillent les
bois de sciage à la varlope.
Les feuillets pour les scies de long sont de différentes épaisseurs
les uns sont fort épais & ils résistent plus que les
autres mais aussi ils sont des traits sort larges dans le bois d'autres
sont plus minces & mieux dressés, ceux-ci sont des traits plus
fins & ils passent plus aisément dans le bois mais il faut
bien les ménager, sur-tout quand on travaille du bois rebours &
runique.
De l'exploitation des bois 1764
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