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La ferme de Tourneboeuf
Extrait d'une brochure éditée
pour la vente du domaine des Moyeux, vers 1920, succession Rigaud, probablement
tiré à part de la revue la Vie à la Campagne d'Albert
Maumené.
Document communiqué par M. Amattéis que je ne remercierai
jamais assez.
L'exploitation agricole et d'élevage
mérite toute notre attention. Son centre d'action est la très
importante ferme de Tournebœuf située a la jonction de la
route de Melun à Dannemarie et du chemin de grande communication
qui va à la Chapelle-Rablais.
L'entrée principale de la ferme donne sur la route de Dannemarie
à Melun, sur une vaste cour herbeuse, accompagnée à
droite et à gauche de deux très importants bâtiments
parallèles perpendiculaires à la route. Une seconde entrée
sur la route de Nangis à Montereau donne accès dans une
troisième cour, qui communique d'ailleurs directement avec les
deux autres.
L'ancienne ferme dont les bâtiments s'agencent en fer à cheval
sur trois côtés et dont le quatrième côté
s'ouvre entièrement à l'Ouest, occupe le centre du vaste
triangle sur lequel s'agencent les constructions. Elle est flanquée,
cette ferme:
1° à gauche, par une autre vaste cour herbeuse, la cour des
bergeries, celle dans laquelle se trouve l'entrée principale et
l'abreuvoir, limitée latéralement par les deux grandes bergeries,
à l'Est et à l'Ouest, dont celle située à
l'Ouest est dans le prolongement d'autres constructions;
2° à droite, par la cour du matériel et des ateliers
de l'exploitation : salle des machines, maréchalerie, salle de
préparation des aliments, reserve des betteraves, grenier à
menues pailles, grand hangar qui abrite les instruments, parquets pour
les volailles de races.
Perpendiculairement aux bâtiments de l'ancienne ferme, orienté
du Nord au Sud, par conséquent face Est et Ouest, un très
long bâtiment s'allonge sur toute la longueur des trois cours qu'il
limite vers l'Ouest avec de larges passages ménagés entre
cette aile et l'extremité de celles de l'ancienne ferme. Son ampleur
fait paraître cette dernière toute menue, malgé son
importance et ajoute au pittoresque de l'ensemble, le caractère
d'une exploitation industrialisée parfaitement comprise.
Parallèlement à cette aile, dont nous verrons tout à
l'heure l'affectation, toute une travée de vastes hangars sont
construits, séparés par de longs espaces, dans lesquels
sont engrangées toutes les récoltes. Ils s'allongent au-delà
d'une autre très vaste cour herbeuse, en partie affectée
à des paddocks. Cet agencement très étudié,
isolant chaque construction est une mesure prudente contre l'incendie;
de même qu'en groupant les récoltes sur place, il permet
d'effectuer mécaniquement, les battages et les manutentions grâce
à la force motrice produite par la ferme même, dans les meilleures
conditions de rendement et en utilisant la main-d'œuvre du personnel,
lorsque le mauvais temps interrompt momentanément les travaux des
champs.
Maintenant que nous connaissons d'ensemble la topographie du lieu et que
nous avons situé les groupes des bâtiments d'exploitation,
dans le plus parfait état d'entretien, ce qui est important aujourd'hui
et démontre une sage gestion, visitons-les séparément,
voyons leur affectation, leur aménagement et leur contenance.
Le bâtiment du fond de l'ancienne ferme, au centre duquel s'élève
un important pavillon d'une très aimable physionomie, est une des
écuries, flanquée d'un passage qui communique avec le potager.
Dans l'aile Nord se succèdent une plate-forme bascule, la laiterie
beurrerie parfaitement équipée, le passage entre la première
et la seconde cour, la maison d'habitation du chef de cultures, puis les
écuries, dont les stalles, limitées par de grands bat-flancs,
permettent de loger facilement les 3o chevaux; puis viennent les chambres
de charretiers. L'aile droite abrite une écurie à boxes
avec chambre de palefrenier, la bouverie pour 12 bœufs charolais,
puis la vacherie où se trouvent 5o vaches normandes. Derrière
ces bâtiments, d'autres plus petits et communiquant avec eux, abritent
7 veaux et 2 taureaux normands, réservés exclusivement au
service de la ferme. De vastes greniers au-dessus sont équipés
pour faire la préparation, le nettoyage et le triage des grains,
d'un moteur électrique avec sa transmission actionnant : 1 concasseur,
4 tarares et 1 trieur. Dans le fond est la fosse à fumier parfaitement
agencée, avec sa citerne et pompe à purin et dont vous pouvez
juger de l'importance, puisque la valeur de cet engrais, établie
d'après le prix de l'unité d'azote, de potasse et d'acide
phosphorique, se chiffre aux environs de 55 frs la tonne. Enfin, le bâtiment
principal en retrait abrite une vaste écurie au rez-de-chaussée
avec d'importants greniers au-dessus.

Vue aérienne de Tourneboeuf, en
survolant avec la souris : plan de 1913 détaillé plus bas.
La première cour, en entrant,
comporte une vaste bergerie pour 5oo têtes, qui est affectée
à l'important troupeau de moutons southdown, cette race précoce,
remarquable pour la production de moutons de premier choix, dont on fait
les délicats prés-salés.
A gauche est le chenil, tandis que s'allonge l'aile des bâtiments
perpendiculaires à la route, affectés:
1° à la grande bergerie, pour 600 têtes, abritant 521
moutons dishley-mérinos et contenant les cases des béliers;
2° l'agnellerie pour 600 sujets;
3° aux compartiments de l'élevage de volailles divisés
en deux travées par un couloir surélevé sur lequel
s'ouvrent les pondoirs. Sur la façade Est donne le poulailler sur
deux étages et sur la façade Ouest, le colombier, les salles
d'incubation, d'élevage et d'engraissement. Le poulailler abrite
un beau troupeau de 200 poules Faverolles. Cette race de volailles qui
fournit de si beaux poulets fins et précoces, dits de Houdan, remplit
en plus ici, son rôle de pondeuse précoce et d'hiver, grâce
à une très ingénieuse installation de chauffage central
qui ne nécessite pas un kilogramme de charbon. De véritables
radiateurs sont en effet réalisés sous la forme de grandes
baies grillagées dans le mur de séparation de la bergerie,
directement sur le couloir et dans le poulailler des pondeuses, par lesquelles,
grâce à la situation à l'étage du poulailler,
la chaleur monte de la bergerie et des moutons et se répand partout.
4° A un large passage charretier, ménagé face à
la cour de l'ancienne ferme, permettant d'accéder aux hangars de
récoltes.
5° A la porcherie de 6 cases, desservie par un couloir intérieur
séparant le bâtiment en deux parties, avec affectation de
l'autre partie à une écurie et au vaste magasin des engrais
chimiques.
6° A une vaste remise pour l'attirail de culture qui abrite: 2 charrues
butteuses, 5 charrues araires, 5 brabants (dont 2 à bœufs),
1 charrue défonceuse à bascule, 2 cultivateurs canadiens
à 12 dents, 8 jeux de herses en fer, 2 croskill, 6 rouleaux, 2
distributeurs d'engrais, 6 semoirs, 6 faucheuses en vert, 3 faneuses à
râteaux, 5 moissonneuses lieuses, 1 batteuse botteleuse électrique,
avec appareil pour mettre la menue paille en sac, 2 rouleaux routiers,
3 tonnes à purin, 1 pulvérisateur à sanves, 1 broyeur
et 1 pressoir à pommes; comme matériel roulant: 2 tapissières,
10 grandes fourragères, 1 grand chariot, 8 tombereaux, etc., etc...
A l'extrémité de cette immense travée, s'élève
un autre bâtiment comportant une scierie électrique avec
hangar à bois.
La deuxième travée de bâtiments, encore plus vaste,
forme la base du triangle et s'aligne sur toute la longueur de celle-ci,
de la route de Fontainebleau à Nangis. Elle comporte 3 immenses
granges hangars d'impotance égale, en enfilade, séparées
par de grands espaces vides occupés par des paddocks. Ces hangars
s'ouvrent à l'Est, ce qui protège les récoltes de
la pluie d'Ouest. Le premier est pour l'avoine, le second pour le blé
et le troisième pour le fourrage.
En face du grand hangar du matériel s'étend la troisième
grande cour, la cour des installations mécaniques, qui comporte
un groupe de quatre bâtiments sur deux rangées. Voici d'abord
la mélangerie à betteraves, équipée d'un moteur
électrique actionnant : un brise-tourteaux, un hache-paille, un
décrotteur coupe-racines. Le grenier, au-dessus, est affecté
aux provisions de menue paille qui tombe directement par une trémie.
Ainsi la préparation des aliments est assurée rapidement
avec le minimum de main-d'œuvre. Le bâtiment situé à
l'extrémité abrite un vaste silo à betteraves avec
un chemin de fer à voie étroite pour amener les racines
au décrotteur coupe-racines.
En face, est la salle des machines, avec un moteur "Dubridge"
16 HP à gaz pauvre, fourni par un gazogène brûlant
du grain d'anthracite, à raison de 90 kilos pour 10 heures, allumage
par magnéto et interrupteur; le moteur actionne une dynamo Thomson-Houston
(anneau de Gramme) 110 volts, 70 ampères. Une salle contigue contient
une forte batterie d'accumulateurs; c'est ce groupe qui fournit l'électricité
pour l'éclairage et la force motrice de toute la ferme.
Dans son prolongement, un bâtiment divisé en deux parties
abrite l'atelier du forgeron, avec sa forge, moteur électrique,
machines à percer, à refouler, à cintrer, enclume,
étau, 3 meules; puis un hangar pour le ferrage des chevaux et l'appareil
pour ferrer les bœufs.
Dans cette troisième cour sont encore les parquets à volailles
réservés au troupeau de poules et coqs Orpington fauve,
alors que des troupeaux de pintades blanches, dindons bronzés,
canards de Pékin, oies de Toulouse, sont en liberté dans
les cours.
Il nous faut souligner l'importance réservée ici aux animaux
de basse-cour en sujets de race pure, ce qui est très rare dans
les fermes où l'aviculture est par trop négligée.
Elle fournit pourtant des ressources et des éléments de
recettes appréciables pour une demeure de campagne et pour la vente
en sujets gras et en œufs. De même, un important clapier, pour
80 reproducteurs, s'adosse contre la façade de la bergerie et du
poulailler. Peuplé de lapins Géant des Flandres, qui permettent
d'effectuer des croisements avec le lapin commun, ce clapier approvisionne
la ferme et permet de varier très économiquement les menus
du personnel.
Aujourd'hui que la question du logement
du personnel agricole se pose intensément et dont la réalisation
s'impose si on veut fixer celui-ci sur l'exploitation, il est intéressant
de souligner que cette question a été résolue aux
Moyeux de la façon la plus heureuse et la plus conforme aux données
actuelles. Si la Société de la main-d'œuvre agricole,
qui désire obtenir du Parlement une loi prescrivant les conditions
du logement dans les fermes, se rendait sur la ferme de Tournebœuf
et dans le hameau des Montils, elle trouverait son programme réalisé
avant la lettre.
Au hameau des Montils, non loin de la ferme, sont une quinzaine de maisons
ouvrières avec leur jardin et dépendances; mais l'aménagement
le plus original est celui de la ferme. A l'extrémité de
chaque écurie est une chambre qui prend jour dehors, en même
temps qu'une baie vitrée donne sur l'écurie, permettant
aux charretiers de surveiller leurs chevaux, et le lit de tous est fait
journellement par une femme de service. Bouverie, vacherie, etc... sont
de même complétées de chambres pour les bouviers et
les vachers.
Cette ferme est donc complètement et mécaniquement équipée
pour une exploitation intensive, en même temps qu'elle est dotée
d'un important cheptel bovin, ovin, porcin et même d'animaux de
basse-cour dont on ne se préoccupe pas assez dans maintes exploitations,
soulignons-le de nouveau. A ce cheptel de vente, s'ajoutent les animaux
de trait : chevaux et bœufs, dont dans les conditions actuelles,
l'emploi est parfois plus économique que le tracteur, encore qu'ici,
dans ces grandes pièces à plat, l'introduction bien étudiée
de la culture mécanique est susceptible d'assurer l'augmentation
des rendements, en permettant d'exécuter tous les travaux à
temps. Tout ici facilite, d'ailleurs, la motoculture.
En plus des animaux de trait, attelages de robustes Percherons et boeufs
charolais les troupeaux de vente comportent et fournissent: les 60 belles
vaches du Cotentin, 40 veaux, dont 30 sont généralement
vendus annuellement, ainsi que 10 à 15 vaches. Le troupeau laitier
fournit en outre, de 200 à 3oo litres de lait par jour.
Les deux troupeaux southdown et de dishley- mérinos, berrichons,
permettent de livrer 240 agneaux à la boucherie, de réserver,
environ 3oo sujets pour le renouvellement annuel d'une partie des 960
sujets et de vendre les 3oo moutons réformés, plus 8.000
kilogr. de laine. Les poulains sont gardés.
Jusqu'alors poulets et œufs ont été surtout consacrés
à l'approvisionnement du château; mais en plus des sujets
consommés sur la ferme, 160 à 200 lapins sont annuellement
vendus. La basse-cour est donc susceptible de donner un rendement plus
important.
De ce centre, dépendent 450
hectares de terres cultivées. Ce sont des terres fortes, argileuses,
avec lesquelles on obtient de bons résultats grâce aux améliorations
entreprises et réalisées par le drainage; aussi, en les
marnant depuis dix ans à raison de 20 à 30 m3 à l'hectare.
L'assolement adopté est betteraves, pommes de terre ou luzerne
avec fumure (fumier et engrais), blé, avoine ou orge, avec, tous
les sept ans, une luzerne après l'avoine; aussi les jachères
(60 à 70 hectares annuellement autrefois), ont été
supprimées.
La rotation culturale s'établit ainsi : 100 hectares de blé,
100 hectares d'avoine, 35 hectares de betteraves fourragères et
sucrières; 8 hectares de pommes de terre; 30 hectares de prairies;
57 hectares de luzerne; 20 hectares de trèfle; 7 hectares vesce
et trèfle incarnat; 20 hectares de cultures de chasse; remises
à gibier: bouquets d'arbres, topinambours, osiers.
Les rendements moyens suivants sont intéressants : blés,
25 quintaux à l'hectare; avoine, 20 quintaux à l'hectare;
prairie, luzerne, trèfle : 260.000 kilogr. de fourrage.
Les bois sont exploités méthodiquement, à la fois
pour en tirer le meilleur parti et pour satisfaire en même temps
les exigences de la chasse. Les 420 hectares de bois sont répartis
en 21 coupes de 20 hectares chacune; les coupes sont numérotées
de 1 à 21 par voisinage; on coupe successivement les numéros
pairs, puis les impairs, pour laisser un abri au gibier. La révolution
est de 21 ans, on ne fait jamais de coupe à blanc, on abat tout
le taillis et on laisse quelques baliveaux, modernes et anciens de 50
à 100 à l'hectare. Les essences sont peu variées,
la grande majorité sont des chênes, puis des châtaigniers,
des bouleaux. Le parc comprend une haute futaie; au sud des gros chênes,
au nord des tilleuls, des châtaigniers et des chênes.
Les rendements moyens s'établissent ainsi : Pour une coupe de 20
hectares : 700 chênes, 230 stères; 650 stères de bois
dur; 40 stères de bois blanc; 300 stères de brigot (90 cm.);
1.300 stères de charbonnette.
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