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Adolphe de la Rüe, qui fut inspecteur de la
forêt de Villefermoy sous Napoléon III ajouta à ses
talents de gestionnaire et de chasseur celui d'écrivain. Quelques
éléments de son oeuvre prolifique sont au catalogue du site
Gallica, de la BNF; on en retrouvera des extraits au fil des pages sur la
chasse dans la forêt de Villefermoy sur ce site.
L'une des ses missions aurait dû être d'éradiquer l'expansion
des lapins qui faisaient tant de ravages dans les cultures. Il s'en garda
bien "Détruire jusqu'au dernier des lapins, grand Dieu ! Et
nos chasses aux bassets, au furet, à gueules ouvertes, en battue,
à la surprise et à la bourse ! Et les charmes si grands d'une
chasse aux lapins qu'on ne tire jamais deux fois de la même manière,
avec un bon épagneul, dans de jeunes taillis, où comme entrefilet,
il vous part un chevreuil, une bécasse ou un faisan ! Et puis, est-ce
que la vie à la campagne serait supportable si nous n'avions plus
un seul lapin ? Mais ce serait à y mourir d'ennui !...."
Comme Parmentier, rusant pour faire apprécier la pomme de terre,
de la Rüe écrivit un livre de cuisine pour inciter les belles
personnes à déguster ce plat du pauvre...
31 manières de manger le lapin, introduction
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... En présentant tout d'abord
le lapin sous son côté désavantageux, un vieux chasseur
comme moi ne saurait être soupçonné d'ailleurs d'avoir
voulu uniquement soulever contre lui les haines, la vengeance et l'animadversion
publique. Le procédé eût été indigne. La
vérité est que j'ai tout simplement parlé de ses défauts
pour mettre ses nombreuses qualités plus en lumière. Dans quelle
galerie trouverez vous un bon tableau sans ombres ?
Cela dit, nous allons maintenant faire connaître
et apprécier les trésors gastronomiques que le lapin offre avec
profusion à quiconque sait lui ouvrir une casserole hospitalière,
un moule à pâté intelligent...
Hâtelet de lapin à la Villefermoy
Levez les parties les plus charnues
d'un ou de plusieurs bons lapins. -les filets et les cuisses-. Coupez-les
en rondelles ou bouchées de l'épaisseur du petit doigt;
on peut les aplatir un peu. Prenez une brochette en bois de la grosseur
d'un tuyau de plume et d'environ 25 centimètres de long, si vous
n'avez pas de brochette en argent, enfilez par le milieu un morceau de
lapin après une rondelle de lard mince et bien frais, suivie d'un
autre morceau de lapin puis de lard en alternant ainsi le lard et la viande,
jusqu'à ce que la brochette soit garnie sur une longueur de 20
centimètres.
Assaisonnez un ou deux œufs avec sel, poivre, fines herbes et quelques
champignons hachés le plus menu possible; battez le tout, comme pour
faire une omelette; trempez-y votre brochette: lorsqu'elle est bien enduite,
roulez-la dans de la mie de pain à panure jusqu'à ce que la
brochette ait à peu près la forme d'une andouillette. Cela fait,
beurrez bien une feuille de papier pour en envelopper vos brochettes et mettez
sur le gril. Servez très chaud.
Lorsque je fis offrir, pour la première fois, des hatelets de lapin
à quatre convives d'élite, Albert L... et sa charmante femme,
Paul Dup... et son excellent ami Henri P..... ils nous furent servis sous
le nom de "Hâtelets à la Villefemoy". Je racontai modestement
que tout le mérite de l'invention revenait de droit aux Arabes que
j'ai vu maintes et maintes fois faire cuire des brochettes de rognons découpés
où la graisse de mouton remplaçait le lard interdit aux sectateurs
de Mahomet.
-Vos hatelets, se mit à me dire gracieusement M. Albert, sont parfaits
: c'est une perle de plus que vous avez ajoutée à l'écrin
déjà si riche de la cuisine française. Seulement à
cause de leur origine, je propose de les appeler, à l'avenir: Hatelets
à la Krumir.
(Le hâtelet est le nom donné
à une broche utilisée pour rôtir de petites pièces
de viande au XVIII° siècle. On trouve souvent sur cette broche
un motif évoquant la chasse.)
Adolphe de la Rüe, ancien inspecteur
des forêts de la Couronne (dont Villefermoy) Trente et une manières
de manger le lapin 1883
L'Eclaireur de Coulommiers du 5 septembre
1895 relate un pari engagé par "Delarue, ancien conservateur des
forêts de Seine et Marne" s'engageant à ne présenter
que des plats de lapin à ses convives. Cependant, on peut douter de
la véracité de cet article où sont servis ensemble des
myrtilles, de nèfles, des cèpes, des châtaignes, des topinambours
et des pommes que l'on récolte en automne, en même temps que
des fleurs d'acacia à la floraison éphémère et
fragile, en mai.
Je ne connais qu'une viande dont on ne
fatigue jamais et je parie ma meilleure chienne d'arrêt contre une barrique
de Bouzy-Moët, qu'avec le lapin seulement et les végétaux
de la forêt, je ferais préparer un dîner pour six personnes...
Potage : Purée de gibier aux croûtons
Hors d'oeuvre : Thon de lapin mariné à l'huile; petites timbales
aux filets-mignons de lapins, aux fines herbes et aux champignons
Relevé : Hattelets de lapins à la Villefermoy
Entrées : Pâté chaud, côtelettes de lapin panées
à la Riffaudière
Légumes : Pointes de houblons en petits pois
Rôti : Lapereaux frais aux châtaignes et aux cèpes, choisis
au point exact de la jeunesse et de la maturité
Salade : Macédoine de coeurs de pissenlits, cubes de blancs de lapin
rôti, de pommes vertes et de topinambours, oeufs durs de faisan
Entremets : Tartelette aux myrtilles, friture de fleurs d'acacia au sucre
Dessert : Couteau de miel sauvage; compote de pommes, noisettes, fraises,
framboises et nèfles
Café au gland grillé, kirsch, ratafia à la prunelle noire.
Pour assurer l'indépendance des juges et mettre les intéressés
à l'abri des hallucinations et des bizarreries de l'estomac, on convint
qu'après chaque plat servi à la russe, les cinq convives exprimeraient
au scrutin secret les diverses nuances de leur mécontentement ou de
leur satisfaction... il en résulta que l'honorable marquis de C.. en
fut pour sa barrique de Bouzy (134 points sur 200)
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